Demain tous en full remote ?

16 mars 2021

Télétravail

Jadis tendance à peine émergente, le télétravail a connu depuis la crise sanitaire une accélération sans précédent jusqu’à s’installer comme une pratique courante dans l’entreprise et interroger les piliers de son organisation. Allons-nous pour autant vers le tout télétravail (full remote) ? Rien n’est moins sûr. En révélant le meilleur comme le pire du télétravail, la crise est l’opportunité de repenser le télétravail pour en faire un atout stratégique au service de l’entreprise et de ses collaborateurs.

Full remote télétravail

La généralisation du travail à distance

De la nécessité absolue au début de la pandémie à son renforcement pour éviter un nouveau confinement, le télétravail est devenu en l’espace d’une année le mode de travail privilégié dans le secteur tertiaire. Le 4 février 2021, Jean Castex déclarait en ce sens : « Télétravailler partout où c’est possible devient impératif », telle une maxime de conduite prescrite à tous les français et désormais incontournable.

Bien qu’il restait encore exceptionnel en France, le télétravail n’a pas attendu la crise sanitaire pour amorcer son évolution parmi les pratiques professionnelles pertinentes, notamment pour répondre à des enjeux à la fois sociaux et sociétaux. En 2019, il concernait 29 % de salariés contre 25 % en 2017*. L’attrait pour le télétravail était donc déjà en progression ces dernières années, mais sans pour autant être généralisé dans toutes les organisations comme une pratique pleinement crédible et efficiente.

Aujourd’hui, l’intérêt du télétravail se révèle avec évidence sur fond de crise sanitaire. 65% des salariés et 80% des managers souhaitent d’ailleurs continuer à le pratiquer*, désormais sur la base d’un à deux jours par semaine. Le confinement a contribué à lever beaucoup de résistances quant à sa mise en œuvre et prouvé sa faisabilité à grande échelle, en démontrant qu’il n’entamait aucunement la productivité du collaborateur et que les outils numériques pouvaient constituer des relais fiables sur lesquels s’appuyer.  Cela signifie-t-il que le télétravail pourrait s’imposer comme une nouvelle norme ?

Les vertus du télétravail pour les collaborateurs, les managers et les entreprises

Déjà plébiscité par les générations entrantes et par de nombreux collaborateurs pour qui l’amélioration de la qualité de vie au travail est une aspiration majeure, le télétravail était un critère de choix avant la crise. Mais cela ne s’arrête pas là car il est également de plus en plus perçu par les organismes comme un levier puissant en matière d’innovation, d’engagement et d’attractivité.

Certes, le télétravail est un mode d’organisation en plein essor auprès des collaborateurs, mais ses vertus vont bien au-delà de leur seul point de vue.  Par la réponse qu’il apporte aux grands enjeux sociaux et sociétaux – amélioration des conditions de vie et de travail, évolution des pratiques managériales, accès et maintien dans l’emploi des personnes en situation de fragilité, réduction de l’empreinte écologique, et même rééquilibre des territoires (désengorgement ou redynamisation) – le télétravail constitue une véritable clé pour résoudre les problématiques propres aux entreprises mais aussi à celles de l’état.

Nouvelles pratiques, nouveaux modèles : vers plus d’agilité

Grâce à des outils digitaux de plus en plus performants qui facilitent le télétravail (partage de documents, animation de réunions), l’attrait pour celui-ci se décline sous de multiples formes : à domicile ou au sein de tiers-lieux, en coworking pour des entrepreneurs et en corpoworking pour des salariés, en full remote (100% télétravail) ou sous format hybride (combiné avec le travail en présentiel).

Micro-entrepreneurs, startups et entreprises du numérique sont les premiers à avoir adopté le télétravail dans leurs modes de fonctionnement, parfois à 100% à l’instar d’IBM ou de Microsoft qui vient d’annoncer sa mise en place pour l’ensemble de ses employés. En France, Fizzer, star-tup française spécialisée dans l’édition de photos, ou encore Slite, qui fournit un outil collaboratif en ligne pour faciliter l’échange d’informations, leur ont emboîté le pas en proposant aussi du full remote à leurs salariés avant la crise sanitaire. Mais désormais, les acteurs du digital ne sont plus les seuls à vouloir intégrer ce mode de travail dans leur organisation et ce même après la crise.

Sur ce sujet, PSA fait office d’avant-garde, puisque l’entreprise a annoncé dès le premier confinement vouloir pérenniser le télétravail pour ses collaborateurs assurant des fonctions non-productives et recommandait un jour et demi de présence sur site. A travers ce schéma hybride qui consiste à combiner travail à distance et présence sur site, PSA illustre la tendance montante du concept novateur de Flex office (sans bureau fixe). La raison de ce choix est simple : l’entreprise économise des loyers en réduisant sa surface d’implantation tout en maintenant le même niveau de productivité.

Les entreprises qui s’acheminent vers ce modèle ont de plus la possibilité de s’appuyer sur la location de surfaces externes, à travers les solutions de coworking, en complément des espaces dont elles sont propriétaires. En adoptant ces nouveaux modes d’organisation de leurs espaces de travail, les entreprises disposent d’une opportunité pour apporter plus de flexibilité à leurs modes de collaboration, mais aussi pour accorder plus d’autonomie à leurs collaborateurs qui y seront assurément sensibles.

Le télétravail, levier de fidélisation et de recrutement

La tendance se confirme : une majorité de collaborateurs souhaite continuer à pratiquer le télétravail. Synonyme d’une plus grande souplesse et d’un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, le télétravail est aussi perçu par les collaborateurs comme un signe de confiance, précieux pour la relation qu’il entretient avec son organisation. En cela, il constitue pour l’entreprise un vecteur de fidélisation et un moyen de réduire le turn-over.

Pour des raisons similaires, le télétravail est un levier de recrutement à mettre en avant auprès des candidats. Le fait de pouvoir valoriser dans le processus de recrutement, la possibilité de travailler en partie à domicile est un atout important pour faire la différence et recruter les meilleurs talents. Car au-delà de l’attractivité du poste et de la rémunération, les organismes ont tout intérêt à promouvoir leurs modes d’organisation (quand ceux-ci sont novateurs) pour attirer les meilleurs profils. Autre avantage pour l’entreprise qui recrute à distance, elle peut aller chercher les compétences où qu’elles soient et ainsi capter les profils les plus rares, peu importe si ceux-ci habitent à proximité ou non.

En capitalisant sur le télétravail, l’entreprise a donc tout à gagner, non seulement auprès de ses collaborateurs qui joueront d’autant mieux leurs rôles d’ambassadeurs, mais aussi auprès des candidats en termes d’attractivité et d’image employeur. Elle dispose par ce biais de tous les atouts pour augmenter sa visibilité sur son marché et pour développer une marque employeur attractive qui suscite à la fois l’adhésion des candidats et l’engagement des collaborateurs.

Le meilleur et le pire du télétravail

Unique en son genre, la période vécue avec la crise sanitaire a mis en lumière le meilleur du télétravail comme ses plus grosses dérives. Elle a agi comme un accélérateur de ce mode de travail dans les entreprises, tout en révélant les écueils, mais aussi les opportunités, qui peuvent être rencontrées dans sa mise en pratique.

Lors du premier confinement, de nombreux salariés se sont retrouvés en situation de télétravail de manière parfois soudaine, sans aucune préparation ni organisation. Un télétravailleur sur 5 a déclaré ne pas avoir d’espace dédié à son domicile pour travailler et nombreux sont ceux qui ont souffert d’un manque ou d’une absence de préparation au travail à distance. Un déficit d’accompagnement auquel s’ajoutait souvent la difficulté d’effectuer correctement son travail tout en ayant à s’occuper de ses enfants. De leurs côtés, les entreprises ont été prises de cours pour le mettre en place, le plus souvent en l’absence d’outils de communication performants et d’équipements adaptés. Cette situation a donné lieu à d’importantes difficultés  (sentiment d’isolement, absence de réponses aux questions, etc.) qui ne sont pas directement imputables au télétravail mais plutôt aux défauts de sa mise en œuvre.

Le télétravail vécu lors de cette période n’a en effet absolument rien à voir avec le télétravail dans sa forme régulière et encadrée.  Il est le résultat d’une situation imposée consécutive à la crise sanitaire. Le lien entre la notion de “crise” et celle d’“opportunité” est éclairant et invite à tirer les leçons pour définir les contours de ce que devrait être le télétravail de demain.  Les dérives propres à cette situation de télétravail subie constituent autant de points d’attention pour réfléchir à des moyens de faire évoluer les modalités de l’emploi vers davantage de travail à distance, tout en maîtrisant sa pratique et en prévenant les risques.

Le full remote, vraiment ?

Parmi les points de vigilance à garder à l’esprit, il y a les limites inhérentes au travail à distance. La menace de s’isoler, de distendre les liens entre les collaborateurs et de fragiliser nos liens sociaux. Malgré la multitude d’avantages qu’il offre, le télétravail exclusif ne semble pas viable sur le long-terme.

Les besoins d’interactions en chair et en os sont dans notre nature. En l’absence de lien physique à l’entreprise, et à sa communauté, il existe un risque fort de déconnexion (malgré une hyper connexion) associé à une perte de motivation et de sens. Des symptômes d’anxiété dans cette situation de télétravail imposée sans formation ni préparation préalable, sont décrits comme courants.

La vie de bureau, qu’elle soit vécue en entreprise ou en tiers-lieu, constitue une source d’échanges essentielle pour l’équilibre de l’individu en ce qu’elle nourrit son sentiment d’appartenance à un groupe ou à une équipe. Cette sensation de cohésion peut s’atténuer en situation de télétravail total quand sa pratique n’intègre pas des phases de travail collaboratif (brainstorming, idéation, ou autre). La question du maintien du lien social avec ses collègues et son manager apparaît donc comme un élément clé pour le bien-être du télétravailleur et un élément de remise en question du tout télétravail.

Télétravail hybride, une solution à privilégier ?

En complément du domicile, lieu majoritairement télétravaillable pour les collaborateurs, les espaces de coworking fournissent une structure pertinente pour penser le télétravail post-confinement. D’abord, parce qu’ils permettent de rapprocher le salarié de son lieu de travail, mais aussi parce qu’ils offrent un cadre de travail propice au travail “à distance” avec des espaces partagés séparés des espaces de réunion, des postes de travail ergonomiques et un environnement sécurisé pour le collaborateur. En encourageant le partage d’idées, de compétences, de connaissances, de relations commerciales et partenariales, les tiers-lieux sont également des sources de richesse et de performance, qui renforcent en outre ce sentiment fondamental d’appartenir à une communauté.  Au-delà de la performance des équipements (bureautiques et télécommunication) et des solutions clé en main (salles de réunion, domiciliation d’entreprise, services de marketing et de comptabilité), qu’ils assurent, ils sont de remarquables incubateurs de projets directement nés de l’intelligence collective. Ils constituent ainsi une alternative sécurisante et pérenne pour les télétravailleurs et les organisations qui ont tout intérêt à s’appuyer sur ces lieux en mixant télétravail et travail collaboratif.

Les meilleures pratiques du télétravail : atouts-clés de développement continu

Intégrer un cadre collaboratif (en plus du travail à domicile) dans l’effort de l’entreprise pour repenser ces modes d’organisation peut être un marqueur positif de différenciation. En proposant une alternative en sus du domicile pour rythmer la semaine des collaborateurs et en leur donnant la possibilité d’alterner entre travail individuel et collectif, le mix télétravail et présentiel est une réelle opportunité de progrès à appréhender comme un projet stratégique de changement organisationnel et managérial.

La réussite de son déploiement passe par la capacité de l’organisme à concilier performance globale et durable, implication des parties prenantes et qualité de vie au travail. Structuré et encadré autour de ces objectifs, qui incluent également un dispositif sécurisé et garantissant une égalité d’accès, un management et une organisation performants dans des lieux d’exercice variés et à l’aide d’outils de travail adaptés, le télétravail devient un pilier de développement pour les entreprises et les organisations. A travers 9 engagements en lien avec ces objectifs, le référentiel technique de labellisation WIWO (Work in Work out) propose à celles-ci un socle commun d’évaluation pour les guider vers un déploiement réussi et performant du télétravail.

*Chiffres issus du livre blanc réalisé par InCitu à partir d’enquêtes sur les pratiques du télétravail en 2020

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